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Événements

Sensibilisation des agriculteurs sur les bonnes pratiques d’utilisation des pesticides et la protection de la nature

Par Daouda

Chaque matin, des milliers d’agriculteurs se lèvent avant l’aube pour prendre soin de leurs champs. Ils observent le ciel, touchent la terre, scrutent leurs cultures à la recherche du moindre signe de maladie ou d’infestation. Ce travail quotidien, souvent méconnu, nourrit des familles entières et fait vivre des communautés.

Pour protéger leurs récoltes, beaucoup d’entre eux ont recours aux pesticides. Un choix souvent pragmatique, parfois contraint, rarement anodin. Car si ces produits peuvent sauver une saison entière de travail, ils peuvent aussi, mal utilisés, laisser des traces invisibles mais durables   dans le sol, dans l’eau, dans le corps humain.

La question n’est donc pas de diaboliser les pesticides, ni de les glorifier. Elle est bien plus simple : comment les utiliser correctement pour protéger à la fois ses cultures, sa santé et son environnement ?

 

OHIS sur le terrain à Ngaoundéré : quand la sensibilisation quitte les salles de réunion

Du 29 mai au 6 juin 2026, l’équipe d’OHIS a quitté les bureaux pour aller là où les choses se passent vraiment : sur les exploitations agricoles de Ngaoundéré 3ème et ses environs. Pendant près de dix jours, les agents ont sillonné les champs, rencontré les producteurs locaux, observé leurs pratiques et échangé directement avec eux sur les réalités du terrain.

Cette initiative de descente terrain illustre une conviction forte portée par OHIS : la sensibilisation ne peut pas se faire à distance. Ce n’est pas dans un amphithéâtre ou derrière un écran qu’un agriculteur change ses habitudes, c’est quand quelqu’un vient le voir chez lui, dans son champ, avec ses problèmes concrets, et lui montre ce qu’il peut faire autrement.

 

Ce que l’équipe a observé sur le terrain

Au fil de leurs visites, les agents d’OHIS ont pu constater de leurs propres yeux des réalités que les statistiques ne suffisent pas à décrire :

  • Des agriculteurs qui traitent leurs cultures sans aucun équipement de protection, parfois pieds nus et torse nu sous la chaleur
  • Des pratiques de dosage approximatif, souvent à l’œil, sans aucune mesure précise
  • Des emballages vides de pesticides abandonnés dans les champs ou jetés près des points d’eau
  • Des produits stockés à même le sol, parfois à proximité immédiate des habitations et des denrées alimentaires
  • Une méconnaissance quasi générale des délais à respecter avant la récolte après traitement

Ces constats, loin d’être des jugements, ont servi de point de départ à des échanges francs et bienveillants avec les producteurs rencontrés.

 

Des échanges directs, dans la langue du terrain

L’un des points forts de cette descente a été la qualité du dialogue noué avec les agriculteurs. L’équipe OHIS n’est pas venue donner des leçons   elle est venue écouter, comprendre et accompagner. Les discussions ont porté sur les difficultés réelles des producteurs : le coût des équipements de protection, la difficulté d’accès à des produits homologués, la pression des ravageurs en période de grande culture, ou encore le manque de structures de conseil agricole de proximité.

Ces remontées du terrain sont précieuses. Elles permettent à OHIS d’adapter ses actions futures aux besoins réels des communautés agricoles de la région.

 

Une zone choisie pour son dynamisme agricole

Ngaoundéré 3ème et ses environs constituent une zone à fort potentiel agricole dans la région de l’Adamaoua. Maraîchage, cultures vivrières, élevage   les activités agricoles y sont diverses et les besoins en encadrement technique réels. Cette descente terrain s’inscrit dans une démarche plus large visant à renforcer les capacités des agriculteurs locaux et à promouvoir des pratiques agricoles durables dans un contexte climatique de plus en plus exigeant.

 

Pourquoi parler de ça maintenant ?

Sur le terrain, on rencontre encore trop souvent des agriculteurs qui pulvérisent sans gants, qui doublent les doses pensant « faire mieux », ou qui jettent les emballages vides dans le marigot le plus proche. Non par négligence, mais par manque d’information.

Les conséquences de ces mauvaises pratiques sont bien réelles :

  • Des nappes phréatiques contaminées que des familles boivent sans le savoir
  • Des abeilles et papillons qui disparaissent silencieusement des champs
  • Des agriculteurs qui développent des maladies respiratoires ou cutanées après des années d’exposition
  • Des enfants qui jouent près de produits stockés sans précaution
  • Des résidus chimiques qui finissent dans les assiettes des consommateurs

Parler de bonnes pratiques, c’est d’abord parler de respect   de soi-même, des autres et de la terre que l’on cultive.

 

Les bonnes pratiques, concrètement

 

  1. Choisir le bon produit pas le plus fort, le plus adapté

Un agriculteur expérimenté vous le dira : utiliser n’importe quel pesticide sur n’importe quel problème, c’est comme avaler un médicament sans diagnostic. Ça peut faire plus de mal que de bien.

Avant d’acheter, il faut identifier précisément ce qui attaque la culture. Est-ce un champignon ? Un insecte ? Une mauvaise herbe ? La réponse conditionne tout.

Privilégiez toujours :

  • Un produit homologué et reconnu par les services agricoles de votre pays
  • Un pesticide spécifique au problème identifié
  • La solution la moins agressive pour les organismes non ciblés

 

  1. Lire l’étiquette vraiment la lire

L’étiquette d’un pesticide n’est pas une formalité administrative. C’est un mode d’emploi de survie. Elle contient tout ce qu’il faut savoir : les doses à respecter, les précautions à prendre, le délai à observer avant de récolter, les premiers secours en cas d’accident.

Trop souvent, ces informations sont ignorées. Pourtant, les ignorer peut coûter très cher.

 

  1. Respecter les doses ni plus, ni moins

Il existe une idée répandue dans certains milieux agricoles : « Plus on met, mieux c’est. » C’est faux, et c’est dangereux.

Un surdosage ne protège pas mieux les cultures. Il pollue davantage, coûte plus cher, et accélère le développement de résistances chez les ravageurs   rendant les futurs traitements encore moins efficaces. C’est le contraire du résultat souhaité.

Un sous-dosage, lui, laisse les ravageurs en vie et affaiblit le traitement sans l’éliminer. La dose recommandée est la dose efficace. Pas d’improvisation.

 

  1. Se protéger le corps aussi a besoin de protection

Un agriculteur qui traite ses cultures sans équipement de protection, c’est quelqu’un qui prend chaque jour un risque invisible. Les pesticides pénètrent dans l’organisme par la peau, les yeux, la respiration. Les effets ne se voient pas toujours immédiatement   mais ils s’accumulent.

L’équipement de base n’est pas un luxe :

  • Combinaison de protection
  • Gants résistants aux produits chimiques
  • Bottes imperméables
  • Lunettes de sécurité
  • Masque adapté

Ces équipements peuvent sembler contraignants sous la chaleur. Mais une intoxication, un problème de vue ou une maladie pulmonaire l’est bien davantage.

💬 Sur le terrain à Ngaoundéré 3ème, l’équipe OHIS a pu remettre des kits de protection à plusieurs agriculteurs rencontrés lors de la descente, et leur montrer concrètement comment les utiliser. Une démonstration pratique vaut parfois mille discours.

 

  1. Préparer les traitements avec soin

La préparation d’un pesticide se fait dans un endroit aéré, loin des maisons, des puits et des cours d’eau. On mesure les doses avec précision   sans estimation à l’œil. On évite tout contact direct avec le produit concentré. Et on ne mange pas, ne boit pas, ne fume pas pendant cette étape.

Ces précautions paraissent évidentes, mais elles sont fréquemment négligées dans l’urgence du travail agricole.

 

  1. Choisir le bon moment pour traiter

Le timing d’un traitement change tout. Pulvériser par grand vent, c’est envoyer le produit sur les cultures voisines, dans les cours d’eau, sur les pollinisateurs qui travaillent à quelques mètres. Traiter juste avant une pluie, c’est voir le produit se lessiver avant même d’agir.

Les conditions idéales : peu de vent, absence de pluie prévue, températures modérées, de préférence tôt le matin ou en fin de journée.

 

  1. Entretenir son matériel régulièrement

Un pulvérisateur qui fuit, une buse bouchée, un joint usé   c’est autant de produit gaspillé, de traitement raté et de risque supplémentaire pour l’opérateur. Un matériel bien entretenu traite mieux, consomme moins et dure plus longtemps.

 

Protéger la nature : ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité

On entend parfois que l’environnement, c’est le problème des autres   des chercheurs, des ONG, des gouvernements. Mais la réalité du terrain contredit cela.

L’agriculteur est le premier gardien de son environnement. Sa terre, son eau, ses arbres   ce sont ses outils de travail. Les détruire, c’est scier la branche sur laquelle on est assis.

Les sols : la base de tout

Un sol vivant est un sol productif. Il fourmille de micro-organismes invisibles à l’œil nu qui transforment la matière organique, régulent la fertilité et protègent naturellement les plantes. Une utilisation excessive de pesticides peut tuer cette vie souterraine   et réduire progressivement la capacité productive du champ.

L’eau : une ressource fragile

Les pesticides mal appliqués migrent vers les rivières et les nappes phréatiques. Ces eaux servent à boire, à cuisiner, à abreuver le bétail. Contaminer l’eau, c’est contaminer tout ce qui en dépend.

Des mesures simples permettent de limiter ce risque : respecter une zone tampon autour des cours d’eau, ne jamais rincer le matériel dans une rivière, stocker les produits dans des espaces fermés et sécurisés.

La biodiversité : des alliés invisibles

Les abeilles pollinisent les cultures. Les coccinelles mangent les pucerons. Les oiseaux régulent les populations de rongeurs. Ces auxiliaires naturels travaillent gratuitement au service des agriculteurs   pour peu qu’on ne les empoisonne pas.

Une utilisation raisonnée des pesticides, c’est aussi préserver ces alliés invisibles qui rendent de précieux services à l’agriculture.

 

Et si on pouvait faire moins   ou différemment ?

Réduire les pesticides ne signifie pas subir plus de pertes. Cela demande de la réflexion, de l’observation et parfois un peu de patience. Mais les résultats peuvent surprendre.

La lutte biologique consiste à introduire ou favoriser les ennemis naturels des ravageurs : des coccinelles contre les pucerons, des champignons utiles, des insectes parasitoïdes. Une approche qui travaille avec la nature plutôt que contre elle.

La rotation des cultures permet de casser les cycles des maladies et des ravageurs. En changeant de culture sur une même parcelle chaque saison, on prive les parasites de leur milieu de développement habituel.

Les variétés résistantes ont été sélectionnées précisément pour limiter les dommages face aux maladies les plus courantes. Les utiliser, c’est réduire le besoin de traitement dès le départ.

Les pratiques culturales comme le paillage, le compostage, le désherbage mécanique et l’observation régulière des parcelles constituent une première ligne de défense efficace et peu coûteuse.

 

Le rôle clé de la formation et de la sensibilisation

Aucune pratique ne change durablement sans formation. Un agriculteur qui comprend pourquoi une pratique est importante la respectera bien mieux qu’un agriculteur à qui on a simplement dit quoi faire.

C’est exactement l’approche qu’a adoptée OHIS lors de sa descente terrain à Ngaoundéré 3ème. Plutôt que de distribuer des brochures et repartir, l’équipe a pris le temps d’expliquer, de démontrer, de répondre aux questions   et surtout d’écouter. Car c’est dans ce dialogue que naît la confiance, et c’est dans la confiance que naissent les changements durables.

C’est pourquoi le rôle des organismes agricoles, des coopératives, des ONG et des services publics est crucial. Former, accompagner, démontrer sur le terrain, corriger avec bienveillance   voilà ce qui permet de faire évoluer réellement les comportements.

Et les résultats sont là : dans les régions où des campagnes de sensibilisation ont été menées sérieusement, on observe une réduction des intoxications, une meilleure qualité des produits, et une productivité maintenue voire améliorée.

L’agriculture nourrit le monde. Mais pour continuer à le faire durablement, elle doit prendre soin du monde qu’elle exploite   ses sols, ses eaux, ses écosystèmes, et les hommes et femmes qui la pratiquent chaque jour.

La descente terrain menée par l’équipe OHIS à Ngaoundéré 3ème et ses environs, du 29 mai au 6 juin 2026, en est une belle illustration. Aller à la rencontre des agriculteurs là où ils travaillent, comprendre leurs contraintes, leur transmettre des savoirs utiles et repartir avec des engagements mutuels   c’est cela, une sensibilisation qui a du sens.

Utiliser les pesticides de façon responsable, ce n’est pas renoncer à l’efficacité. C’est choisir une efficacité qui dure   pour cette saison, mais aussi pour les suivantes. C’est protéger sa santé, ses revenus et la nature qui nous fait tous vivre.

Chaque agriculteur, à son échelle, est un acteur de ce changement. Et ce changement commence par un geste simple : s’informer, se former, et agir en conscience.

 

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